Rien de Rien
Je commencerai d'abord à publier sur ce blog mes articles publiés sur le quotidien "Le Soir d'Algérie, et celui-ci en est le Premier paru en date du 12 juillet 2008. Je laisse le soin aux lecteurs et lectrice d'en apprécier et de critiquer le contenu.
«Rien de Rien». Si ma mémoire ne me trahit pas, il s’agit d’une chanson d’Edith Piaf dont le titre est «Non, je ne regrette rien». Ce matin, en ouvrant les yeux et entre deux bâillements, j’ai lâché sans faire attention : «Rien de Rien.» Je me suis dit qu’il s’agit là d’un mot à mettre en valeur dans son contexte actuel ne serait-ce que pour cette journée du lundi 7 juillet 2008. J’ai commencé d’abord à tourner et retourner ce mot dans ma tête pour en déduire qu’on peut l’utiliser comme une recette de cuisine à toutes les sauces.
1°) Le rien qui nous rend nihiliste :
- Tout est foutu, il ne reste donc rien à faire.
- Pourquoi se fatiguer alors qu’il n’y a rien à gagner.
- Pourquoi gueuler alors qu’on ne peut rien changer.
Dans ce cas, nous avons envie de tout détruire par le feu et reconstruire à nouveau.
2°) Le rien qui nous rend pessimiste :
- On a tout fait, malheureusement rien n’a changé pour arranger les choses.
- On a fourni beaucoup d’effort pour rien.
- Dans ce pays, on a étudié pour rien.
Dans ce cas, il y a une bonne raison pour fuir le pays afin d’éviter le suicide et l’enfer.
3°) Le rien qui nous rend optimiste :
- Rien ne pourra nous arrêter dans notre programme de développement national.
- L’Algérie n’a rien à voir avec la violence depuis la mise en application de la Charte sur la réconciliation nationale.
- Les USA n’ont rien à faire dans notre pays, ils n’ont qu’à installer leur base ailleurs.
Dans ce cas, les Algériens accueilleront à bras ouverts l’opération de distribution de 5 000 000 de drapeaux.
Arrivé devant le kiosque à tabac, j’ai piqué sur Le Soir d’Algérie, mon compagnon de fortune. Il me tient tellement compagnie du matin jusqu’au soir qu’une histoire d’amour est née entre nous. Au premier coup d’œil en une, agréable photo tout sourire du couple Sarko-Boutef. «On est prêt pour l’UPM», semblait dire notre président.
J’ai retourné le journal pour boire un peu de thé à la page 24 et mes yeux, malgré eux, scrutent le titre du Kiosque arabe de Ahmed Halli «Un témoin qui n’a rien vu». Rien étant le mot que j’ai choisi comme compagnon du jour, j’étais contraint de lire l’article avant de boire le thé. Je buvais les mots composant les phrases du texte tout en restant à la chasse des riens. Ma chasse n’était pas infructueuse car j’ai trouvé trois fois rien dans le texte dont un rien double :
1)- Il n’a rien vu le hadj, ni La chute de l’imam,ni Le Dieu présente sa démission
2)- Hadj Medbouli, tout entier à ses dévotions, n’a rien lu et rien entendu.
3)- Medbouli, déchargeons-le de son titre de «hadj» trop lourd à porter, a joué à fond le rôle du Témoin qui n’a rien vu. Dans tous ces riens, Hadj Medbouli a perdu son titre de «hadj», Adel Imam a gagné sa notoriété et Nawel Saâdaoui revendique aux inquisiteurs son titre de «professeur».
Le Kiosque arabe a pris tout mon temps et ne m’a pas permis de prendre le thé chaud comme d’habitude. Déçu, consterné et choqué par ce thé froid où il n y avait aucune trace de «Rien», j’ai senti que la devise du chroniqueur «Pousse avec eux» m’était directement adressée. Le titre «Dar khali Mouh» est amputé de «chrob ouroh». Le président a ouvert toutes les portes et il n’ose même pas écrire «Rien ne se ferme devant les Tango». Pourtant, toute la chronique tournait autour de «rien » en matière de lutte anti-terroriste. Ignorer le mot «rien» dans cette chronique, c’est de la pure zkara faite à un fidèle lecteur du quotidien Le Soir d’Algérie. Heureusement que l’un des admirateurs du chroniqueur a sauvé la face en écrivant ce jour dans la rubrique «Vox populi» sous le titre la «Nausée» : «Pour ma part, je ne vous dis pas que je vais fumer du thé, parce que ça ne règlera rien (malgré mon admiration pour Laâlam).
Ouf, ce rien m’a soulagé, j’ai eu la sensation qu’il y a vraiment une solidarité entre Algériens. Et ce n’est pas rience geste de solidarité venu au bon moment (merci Abdelghani). Etant persuadé qu’il doit bien y avoir des riens sur les pages intérieures du journal, je continue mon investigation sans ignorer aucun article. Mais à tout seigneur, tout honneur ; je me limite aux seuls écrits contenant «Rien». Un lecteur titre son email : «Si tu ne vois rien…» Il termine sa lettre ainsi : «Si tu ne vois rien, demande à un Kabyle, il te donnera les explications qu’il faut (je ne suis pas kabyle)».
Toutefois, après avoir épuisé les riens de cette page quelques expressions de lecteurs ont retenu mon attention :
1°) «Cher Abdelkrim, j’ai l’impression que tu as commis un crime en lisant la réaction des lecteurs. Moi je respecte ton avis et je partage certains points.» Moi quand j’ai l’impression que quelqu’un a commis un crime, je ne partage rien avec lui.
2°) «Nous sommes un peuple qui peut réaliser des miracles, il faut juste nous donner les moyens !!!!» Un peuple capable de réaliser des miracles n’a besoin de rien. Les miracles n’ont pas besoin de moyens, ils sont innés.
Maintenant, c’est la part des affaires sérieuses auxquelles j’attache une grande importance car je ne laisserai rien me filer entre les doigts.
Bazooka : «Ils ont promis des aides aux plus faibles mais l’argent continue d’aller du Sud vers le Nord et les pays endettés payent plusieurs fois le montant de leurs emprunts rien qu’en intérêts.»
Projet UPM : «A en croire ce qui s’est dit et écrit en termes de distribution de postes et de rôles, rien n’est réservé à l’Algérie. Ce sont plutôt l’Egypte, le Maroc et la Tunisie qui sont impliqués dans la gestion directe de l’UPM, du moins dans la première phase qui suivra sa mise sur pied.» Les trois pays cités n’ont rien contre Israël, ils sont donc éligibles aux postes de commande de l’UPM. L’Algérie, proche de l’Iran et la Syrie, doit faire un cours préparatoire avant d’avoir quelques miettes. Cette catastrophe est liée directement à la politique de M. Belkhadem.
Mohamed Hardi, un anti-terroriste déterminé : «Sa nomination le 19 juillet 1992 en qualité de ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, numéro deux de l’Exécutif, crée la surprise. Parcours et profil atypiques que rien ne prédestinait à une telle charge».
A part Allah yarhmou, je n’ai rien d’autre à dire.
Ma journée a été meublée de Rien, ce Rien éternel sans début ni fin représente le néant où nagent la grande majorité des Algé- riens. Une dernière nouvelle avant de clôturer.
Equitation : «Akkache, la belle surprise ! Rien ou pas grand-chose ne prédestinait Hocine Akkache à être le vainqueur du Grand Prix.» Et pourtant, il est vainqueur, c’est ce qu’on appelle «s’imposer avec Rien».
Au désert aride, on a besoin de beaucoup d’eau fraîche pour se désaltérer. Rien ne pourra atténuer notre soif durant une traversée du désert. Je ressens encore cette soif de Rien. Pour me désaltérer, les mots fléchés géants viennent à mon secours pour m’achever. J’ai déniché un riendans le Néant, il se cache à la 22° ligne horizontale dans les cases 11,12,13,14. Il est au-dessus du Laos, à la porté d’un Raid, associé au Lion et aux Pies, il me nargue en me disant Tiens ton Rien, une flèche empoisonnée en pleine poitrine, juste le temps de répéter « Rien de Rien» et je me suis souvenu qu’Edith Piaf est morte après avoir usé de tous les excès et les souffrances de toute une vie. C’est une sorte de suicide.
Pour bien comprendre ce texte, il y a lieu de lire Le Soir d’Algériedu 7 juillet 2008
Lien:http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/07/12/article.php?sid=70689&cid=34
B. Amar