BOUMERDES - Un verger de Zemmouri transformé en carrière de tuf

Publié le par B. Amar



Régions Centre : BOUMERDES
Un verger de Zemmouri transformé en carrière de tuf


Scandalisés par le silence des autorités civiles et sécuritaires devant ce qu’ils estiment être “la destruction d’une superficie agricole”, des citoyens de Zemmouri nous ont rendu visite pour nous exposer le problème, pour tenter d’alerter les hautes autorités de l’Etat et demander l’ouverture d’une enquête sur ce qu’ils assimilent à “un crime contre l’avenir de la commune”.
“Comment se fait-il que les demandes de jeunes chômeurs sont repoussées tandis qu’une parcelle de terre, mise en valeur à coups de centaines millions dépensés par l’Etat, a été cédée à un entrepreneur qui n’est pas de la commune et qui n’a rien à voir avec l’agriculture ?”, s’indignent- ils. La colère de nos visiteurs est exacerbée par le fait que cet entrepreneur a transformé, grâce à une autorisation d’exploitation du 20 septembre 2004 référencée 387, suivie, le 11 octobre 2004, d’une autorisation référencée 449, délivrées par le ministre de l’Energie et des Mines dans des conditions opaques, ce champ d’arbres fruitiers en carrière de prélèvements illégaux de tuf. Ce matériau est vendu clandestinement, selon nos informations, à raison de 6 000 DA le chargement d’un camion de 7 mètres cubes. Selon un agent des forêts, une quarantaine de chargements sont effectués quotidiennement. “En dépit des sommations quotidiennes de agents et des responsables des forêts, cet entrepreneur fait montre d’un mépris intolérable envers l’institution de l’Etat et continue son œuvre de destruction. Il faudrait pratiquement arriver à l’utilisation de la violence pour le stopper”, déplore un forestier. Plus grave, la complicité des hauts responsables a été relevée par les jeunes de Zemmouri. “Les services des forêts qui essayent de s’opposer à ce massacre subissent des menaces.” Effectivement, nos sources nous ont confirmé les pressions provenant de hauts responsables qui seraient sponsorisés par cet entrepreneur milliardaire. Ces responsables conseillent tantôt amicalement aux services des forêts de cesser leur acharnement contre un brave investisseur, tantôt ils n’hésitent pas à passer aux menaces. Depuis la reprise, il y a une semaine, par cet entrepreneur des extractions illégales, les services des forêts tentent de s’y opposer. Toutes les institutions concernées par ce problème, APC, daïra de Bordj Menaïel, wilaya, brigade de gendarmerie, compagnie de gendarmerie de Bordj Menaïel, ont été, selon nos investigations, informées de manière officielle mais, apparemment, personne ne veut rien faire. Sinon comment se faitil que le gérant de l’ETPET de Ouled Moussa (w. de Boumerdès) viole impunément l’arrêté numéro 308 du 2 juillet 2005 lui interdisant le prélèvement du tuf ? Un constat a été à ce propos dressé à la demande des services des forêts par un huissier de justice. Dans cette affaire, aux dires d’un officier des forêts, qui a, rappelons-le, la qualité d’officier de la police judiciaire, plusieurs délits ont été commis : violation avérée de l’arrêté du wali, détournement et destruction d’un terrain agricole, pillage de matériaux du domaine public de l’Etat et destruction de l’écosystème. Pour rappel, une première agression contre cette ferme a été réalisée en 2005. Les services des forêts avaient mené une véritable bataille pour mettre fin à cette exploitation illégale. En plus de plaintes, en civil et en pénal devant la justice qui paradoxalement n’a pas daigné statué sur cette affaire, ils ont réussi à alerter les hauts responsables de l’Etat. D’où l’arrêté du wali numéro 305 du 2 juillet 2005 mettant fin à ces prélèvements illégaux et à la destruction d’un terrain à vocation agricole. Le concerné, qui avait bénéficié dans le cadre du régime des concessions d’un terrain agricole, en son nom, sur lequel l’Etat avait planté 5 220 arbres fruitiers (abricotiers, pêchers, pruniers et grenadiers). Le Trésor public avait payé 1 573 936,65 DA pour cet investissement. Or, plus tard, il a bénéficié au nom de l’Eurl ETPEB, dont il est le propriétaire, on ne sait pour quelles raisons, des deux autorisations précédemment citées pour extractions et vente de tuf. Dans l’article 2 de l’arrêté émis par la première autorité de la wilaya de Boumerdès, on peut lire : “En plus des sanctions à caractère administratif, tout contrevenant aux dispositions de cette décision s’exposera à des poursuites judiciaires”. Comment se fait-il que le ministère de l’Energie et des Mines avalise la destruction d’un terrain agricole ? s’interrogent les jeunes de Zemmouri. La loi sera-t-elle appliquée dans toute sa rigueur ou sera-t-elle bafouée comme cela est devenu coutumier, en dépit des scandales et des preuves étalées sur la place publique concernant quelques intouchables de la commune de Ouled Moussa ?
Abachi L.

 

Source de cet article: http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/07/19/article.php?sid=41253&cid=23

 

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